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Coton OGM au Burkina : ce qu’on ne nous dit pas !

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L’ « or blanc » est vital pour le Burkina Faso. Il représente plus d’un tiers du Produit intérieur brut et 60% des recettes d’exportation. Le coton fait vivre indirectement près d’un cinquième de la population. Mais depuis peu, cette monoculture s’est retrouvée impuissante face aux ravageurs, devenus résistants aux insecticides classiques.
Les autorités ont alors fait le pari du coton transgénique dans l’espoir de surmonter la crise : une variété développée par la firme étasunienne Monsanto et l’Institut de l’environnement et de recherches burkinabè (INERA), intégrant des gènes de la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) produisant des toxines mortelles ou dissuasives pour certains insectes. Les biotechnologies et notamment la possibilité de préparer des OGM (organismes génétiquement modifiés) sont considérées par la majorité des biologistes comme une des grandes avancées du XXe siècle.
Il faut avouer que c’est avec beaucoup d’optimisme que le Burkina Faso a accueilli cette technologie. Au lancement de ce coton « Bt », les autorités prédisaient des rendements mirobolants (45 % de plus qu’en conventionnel). Nombre de cultivateurs ont cru pouvoir se passer totalement d’insecticides : travail moins pénible, intoxications réduites, plus de temps pour les cultures vivrières. Cet avantage du coton OGM est plébiscité. Or, ce qu’on ne disait pas, c’est qu’il faut conserver deux aspersions de pesticides sur les six nécessaires pour le coton conventionnel, la variété BT étant inefficace contre les « piqueurs-suceurs » (pucerons, cochenilles…). Le coton OGM est aussi exigeant en engrais alors que certains paysans détournaient au moins 30% de l’engrais « coton » vers les parcelles de maïs. Le malaise principal concerne le pari économique imposé par le modèle Monsanto. Le prix des semences, surtout, reste en travers de la gorge de tous les paysans. En début de saison 2012, le sac, calibré pour ensemencer un hectare, coûtait 27 000 FCFA contre 814 FCFA pour les variétés conventionnelles ! Ces dernières sont certes, subventionnées à 80 % par l’Etat, mais cette aide n’explique pas une telle différence, pas plus que les coûts d’élaboration : depuis peu, les semences OGM ne proviennent plus de Monsanto, mais de champs classiques dédiés à leur multiplication. L’énorme surcoût provient de la dîme prélevée au titre des droits de propriété intellectuels. Aux Etats-Unis, le différentiel de prix entre semences conventionnelles et transgéniques n’a cessé de croître pour atteindre un rapport de un à six en 2009, calcule Charles Benbrooke, directeur scientifique de l’US Organic Center. « Le mode de calcul de la valeur ajoutée obtenu par cette innovation tout comme sa répartition laissent songeur », écrivent Camille Renaudin, Hugo Pelc et Julien Opois, auteurs d’une étude sur le coton OGM au Burkina.
Au Burkina Faso, sur 27 000 FCFA, Monsanto prélève 28%. La recherche et d’autres structures professionnelles perçoivent 12%, et les producteurs 60%. En théorie… Les parts versées à Monsanto et aux institutions sont fixes. Mais ce qui revient aux paysans est calculé sur le rendement initialement prévu. Le gain, pour les producteurs, est souvent en réalité, trois à quatre fois moins important. Par ailleurs, les expériences chinoises et indiennes montrent également que l’intérêt immédiat des cultures Bt par rapport à l’utilisation des insecticides n’est qu’à court terme. En effet, si les pulvérisations d’insecticides sont devenues si importantes, c’est notamment du fait de l’adaptation des insectes prédateurs à ces insecticides. Or, que ces derniers soient pulvérisés ou produits directement par la plante, le phénomène d’adaptation est le même. Il n’y a pas de changement radical de pratiques culturales, donc les conséquences seront les mêmes... voire plus rapides dans le cas des pratiques transgéniques du fait d’une production en continu de l’insecticide par la plante. En Inde où on cultive du coton Monsanto depuis 2002, des souches d’insectes résistants aux toxiques Bt sont apparues, obligeant à revenir aux aspersions de pesticides. Une catastrophe économique doublée d’un fiasco sanitaire. La chute de rentabilité a provoqué la ruine de dizaines de milliers de paysans, des mouvements de contestations très violents et même des vagues de suicides. Ces engrais, insecticides et semences génétiquement modifiées ont un coût. Les paysans doivent s’endetter, souvent auprès d’usuriers locaux ou directement auprès des vendeurs de semences et d’engrais. La moindre chute des cours du coton ou des conditions météorologiques défavorables débouchent parfois sur des tragédies. En 2006, dans la région de Vidarbha, des milliers de paysans qui ne pouvaient plus rembourser leurs dettes se sont suicidés en ingurgitant des pesticides. Rien de tel, pour l’instant, au Burkina-Faso, où le coton Bt a été agréé officiellement en 2008. Reste que les burkinabè devraient tirer leçon de ces exemples et agir avec plus de prudence pour ne pas se retrouver dans des situations pareilles si ce n’est encore trop tard.

 

Raphaël KAFANDO
rafaelkafando@yahoo.fr



06/08/2013
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