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Contrer le réchauffement climatique pour sauver la faune

La faune au Burkina Faso représente l’une des plus importantes richesses naturelles renouvelables. Intégrée aux multiples ressources forestières non ligneuses, sa gestion intéresse toutes les couches sociales et particulièrement les populations rurales qui ont assuré, pendant des siècles, la conservation des espèces et de leurs habitats. La faune n’est pas seulement un réservoir providentiel de protéines animales : elle s’affirme aussi comme une source inépuisable d’inspiration pour la recherche, les activités artisanales et culturelles, ainsi qu’un facteur important de développement socioéconomique, bien adapté aux aspirations contemporaines. Malheureusement, elle est actuellement menacée par le phénomène des changements climatiques.

La position géographique du Burkina Faso, le rend particulièrement vulnérable aux effets néfastes de la variabilité du réchauffement du climat. Il a une économie très faible, essentiellement basée sur l’agriculture et une population en pleine croissance. Le constat des populations, tout comme l’analyse des données climatologiques, indiquent une nette augmentation des températures et une régression de la pluviométrie. Les tendances climatiques, à travers l’utilisation des modèles climatiques et des scenarii de changement climatique, traduisent une augmentation des températures moyennes de 0,8°C à l’horizon 2025 et de 1,7°C à l’horizon 2050, une diminution de la pluviométrie de -3,4% en 2025 à -7,3% en 2050. En 2025, la projection indique une diminution du volume d’eau annuel écoulé de la Comoé et du Mouhoun par rapport à la normale 1990-1991.

Ces cours d’eau alimentent en eau des réserves de faune (deux Balé, Mare aux hippopotames, Comoé-Léraba…) pour l’abreuvement des animaux sauvages. Ces changements auront pour conséquences alors, une nette diminution des disponibilités en eau, une régression du potentiel de biomasse, une réduction drastique et une dégradation des pâturages. Dès lors, on observera une disparition d’espèces sauvages, qui n’auront pas pu s’adapter au phénomène et évidemment, une baisse notoire de la productivité de tous les secteurs socioéconomiques. Par ailleurs, un grand nombre d’espèces animales nécessitent, pour leur croissance ou leur reproduction, une plage de température donnée. Les augmentations prévues des températures auront alors, des effets dévastateurs sur la biodiversité et au premier plan, sur ces espèces.

Les oiseaux, par exemple, sont de véritables témoins du réchauffement planétaire de par leurs mouvements. Il est observé dans la région sahélienne, des retours avancés d’espèces migratrices (petits calaos, martinets) et des départs plus tardifs de certaines (alouettes, étourneaux). Des changements de routes migratoires (fauvettes à tête noire) voire la sédentarisation d’espèces, autrefois migratrices (cigognes blanches et noires, milans noirs,…). Des espèces autrefois strictement nocturnes peuvent devenir crépusculaires comme les oryctéropes, par exemple. De plus, le changement du climat fait émerger de nouvelles maladies infectieuses pour nombre d’espèces animales. Déjà menacées par la disparition de leur habitat naturel, de nombreuses espèces animales sauvages doivent également faire face à l’émergence de maladies liées aux changements climatiques et dont les conséquences pour l’homme pourraient être dramatiques.

"La plus grande menace du changement climatique est peut-être la propagation de maladies émergentes", a estimé Steven Sanderson, président de l’ONG Société pour la conservation de la faune sauvage (Wildlife conservation society) de Barcelone (Espagne). Parmi les maladies figurent la peste, le choléra, la tuberculose et la fièvre jaune, le virus Ebola, à l’origine d’épidémies meurtrières chez l’homme et les primates en Afrique équatoriale.

 

Le changement climatique pourrait également contribuer

 

indirectement à la propagation du virus H5N1 de la grippe aviaire, en incitant les oiseaux migrateurs à modifier leurs routes et à se retrouver, ainsi en contact avec des élevages de volailles domestiques. Avec l’assèchement certain des voies interlacustres, certains lacs et cours d’eau pourraient perdre leurs populations de poissons. De plus, le réchauffement de la température de l’eau aura des effets sur les communautés halieutiques, qui pourraient se répercuter sur la pêche. Les effets conjugués des impacts du changement climatique sur la faune sauvage peuvent conduire à court et moyens terme à des extinctions locales de certaines espèces. C’est le cas des grands carnivores et des grands herbivores, alors que les animaux sont également très importants pour la conservation de la nature. Les aires de conservation de la faune, outre leurs vocations principales destinées à la conservation in situ de la faune, remplissent plusieurs fonctions d’intérêt global.

Elles contribuent au retrait des polluants atmosphériques, au recyclage des éléments nutritifs, au maintien d’un réseau de fonctions hydrographiques (infiltration, purification, régulation de débits, stabilisation du sol), au maintien de la diversité biologique, à la séquestration du gaz carbonique atmosphérique, à la protection des terres et produisent de l’oxygène contre l’érosion éolienne et hydrique. Les aires fauniques fournissent un habitat pour les oiseaux, les pollinisateurs, les organismes du sol importants pour l’agriculture, etc. Enfin, leur bonne gestion génère des emplois et des revenus qui contribuent à améliorer durablement la qualité de la vie des bénéficiaires.

 

Raphaël KAFANDO



06/06/2012
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