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Et pourtant, on devrait se passer un jour du pétrole !

Au Nigeria, en Centrafrique…des remous sociaux empoisonnent le climat politique. Ces remous sont si graves que le Nigeria n’a si jamais reflété son surnom du géant au pied d’argile que certains observateurs lui collent à la peau. Et pour cause, le prix des hydrocarbures a triplé, voir quadruplé après que les gouvernements de ces pays aient décidé de suspendre les subventions  sur les prix des hydrocarbures. Au Burkina, le prix des hydrocarbures figure en bonne place dans la plate forme revendicative des syndicats et constitue la plupart du temps, la pomme de discorde dans les négociations gouvernement-syndicat. Et pourtant, la plupart des analystes sont clairs. « Ce précieux or noir (pétrole), objet de toutes les convoitises, est appelé à disparaître un jour ». En effet, le pétrole est une ressource énergétique non renouvelable car sa formation nécessite des millions d'années. Il est donc épuisable. On annonce régulièrement dans les médias que les réserves prouvées (celles que l'on sait exploiter dans les conditions économiques et techniques actuelles) représentent une quarantaine d'années de consommation courante. Doit-on, en conclure que l'on est tranquille pour 40 ans? Absolument pas. On estime qu’il reste environ 160 milliards de tonnes de pétrole conventionnel à extraire. En supposant que la consommation mondiale reste à son niveau actuel - 4 milliards de tonnes par an - il  reste donc à l’humanité à peine plus de 40 ans de consommation. La situation est d’autant plus inquiétante que dans un rapport  publié le 9 novembre 2010 par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), il est mentionné que la production mondiale de pétrole conventionnel n’augmentera plus « jamais » car le « pic historique » de production a été franchi en 2006. Pire, elle estime que la consommation mondiale de pétrole pourrait passer de 4 à 6 milliards de tonnes d’ici 2030 à cause, notamment du développement économique accéléré de l’Asie. Certes, ces estimations ne tiennent pas compte des réserves sous forme de pétrole non conventionnel, schismes bitumineux, pétrole profond, ni des progrès qui peuvent intervenir dans le taux de récupération des gisements, mais ces variables ne changent pas fondamentalement la donne et ne pourront que  faire gagner une ou deux décennies supplémentaires à la planète. A voir de près, l’humanité se dirige inexorablement vers la fin des énergies fossiles, notamment du pétrole. Et la situation semble irréversible. Les choses vont changer de gré ou de force. Et si c'est de force, par la raréfaction, les prix vont augmenter très brutalement... augmentant du coup les crises sociales avec son lot de violences. Certains peuvent  parier, comme le font les Etats-Unis, sur l’innovation technologique, pour accélérer le basculement vers "l’après pétrole", mais s’en remettre exclusivement à la technologie (qu’il s’agisse du charbon "propre, de la séquestration de carbone, de l’hydrogène ou des énergies renouvelables), sans remettre en cause fondamentalement les modes de vie, relève de l’illusion dangereuse. En réalité, le vrai défi consiste d’abord à réorganiser les économies et les sociétés de manière à réduire, à la source, les besoins en énergie et à instaurer, en principe généralisé, la recherche de la sobriété énergétique et d’une croissance économique «écocompatible». Tenez bien ! Plus de 80% de l'énergie dans le monde est consommée par 20% d'habitants de la planète, principalement les pays industrialisés et les 80% de la planète consomment 20% de l'énergie généralement traditionnelle (bois) ou renouvelable comme l'hydraulique.  Par exemple, un Américain consomme 8 tonnes de pétrole par an contre 1,8 tonne en moyenne mondiale et à peine 0,5 tonne pour la plupart des pays africains. Mais, à ce stade de réflexion, il faut éviter tout malentendu idéologique ou philosophique : un tel objectif ne signifie nullement la soumission au mythe dangereux du retour à une nature idéalisée, toute puissante et vierge qui n’a jamais existé. Depuis le néolithique, l’homme n’a cessé de transformer profondément la nature et son environnement pour survivre, puis améliorer ses conditions de vie. Alors, pour réussir cette mutation de civilisation, l’espèce humaine doit plus que jamais mobiliser toutes ses capacités d’innovation, non seulement dans les domaines scientifiques et techniques, mais aussi dans les domaines sociaux, économiques et démocratiques, pour concevoir de nouveaux modes et outils de gouvernance, de régulation et de contrôle sociopolitiques. Il lui appartient de ne pas s’enfermer dans des cadres de pensée réducteurs, de faire preuve d’audace créatrice et d’être à la hauteur morale et intellectuelle des immenses défis que la planète doit relever.

 

Raphaël KAFANDO



23/05/2012
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